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11.04.2007

sarkozy, determinisme, hérédité et zola

Bon sang (si vous me permettez l’expression) que ce sujet est épineux !

 

 

On enseigne que la compréhension complète d’un texte ne passe pas seulement par l’étude du contenu, mais aussi du para-texte : date, lieux, circonstances particulières, auteur. Exemple : quand les marins britanniques retenus en Iran disent qu’ils ont violés les frontières iraniennes, il ne faut pas oublier qu’ils sont prisonniers. La validité d’un propos ou d’un écrit est à passer au filtre d’une analyse rigoureuse du contexte.

 

 

Prenons par exemple cette phrase :

 

 

"J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. Il y a mille deux cents ou mille trois cents jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce que leurs parents s'en sont mal occupés ! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable. Prenez les fumeurs : certains développent un cancer, d'autres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances ne font pas tout, la part de l'inné est immense."

 

 

 

Ceux d’entre vous qui connaissent Zola pourront y reconnaître l’idée qui, en filigrane, traverse son œuvre : « les Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second Empire ».

 

Comment imaginer que Zola, qui est un homme bon et généreux (puisqu’un de ses personnages est pétomane et s’appelle Jésus) , puisse avoir derrière la tête une pensée eugéniste ? Car c’est un fait : Zola s’acharne à démontrer qu’il existe, certes, des déterminismes sociaux, mais que malheureusement, il en est aussi de génétiques.

 

 

La citation est en fait issue de la rencontre entre Nicolas Sarkozy et Michel Onfray, publiée dans Philosophie Magazine de mars 2007. Une rencontre que Michel Onfray raconte en détail sur son blog.

 

 

Et on voit alors toute la classe politique qui s’émeut, d’ailleurs bien tièdement, et s’insurge. Certains, parmi les plus démocrates, vont même jusqu’à dire :  

 

 

"Quelle monstruosité! Comment cautionner des théories qui ont servi de fondements idéologiques au fascisme, au nazisme (elle omet de dire : au stalinisme, maoïsme, polpotisme, castrisme….la mémoire, qui fonde l’Histoire est souvent hémiplégique...) C'est proprement inadmissible" (Marie-George Buffet).

 

 

Et voilà, dans la bouche de M. Sarkozy, ça sonne mal…c’est pas du Zola ! Il annonce par la suite qu’il veut en fait en débattre, qu’il n’est pas bouffi de certitude sur le sujet. Mais cet argument est absurde. Pourquoi en débattre ? Car, si il existe bel et bien un facteur génétique déterminant dans les maladies mentales, il est absurde et dangereux de vouloir en débattre pendant une période électorale. Nous sommes tous plus ou moins d’accord pour penser qu’il est envisageable que ce facteur biologique existe, mais dans l’état actuel de nos connaissances, nous ne pouvons le prouver. Par conséquent, débattre de cela c’est aborder un sujet polémique, idéologique, basé sur des croyances, des a priori. L’individu, que nous sommes tous, est motivé, dirigé par son affect. Sa capacité de distanciation avec le monde des sens et des sentiments, des pulsions, des désirs lui permet de s’extraire d’une animalité violente. (là encore, ce serait une piste de discussion à approfondir mais bon, un sujet à la fois).

 

M. Sarkozy a fait une erreur. Mais la question qu’il faut se poser est la suivante : qu’auriez-vous pensez si c’était un autre candidat qui avait tenu ces propos ? sincèrement !   

 

 

Commentaires

sincèrement j'aurais pensé que c'est un faux débat. Il y a toujours du déterminisme, du conditionnel et du hasard.
S'il y a des gens qui deviennent délinquants de manière réversible ou irréversible, ca joue beaucoup à son environnement familiale et surtout social. Le milieu social (les gens qui entourent "ces gens") dépend de la société, de la politique. Le milieu social est-il constitué d'individus épanouis affectivement, professionnellement, psychiquement, spirituellement ? Peuvent-ils donner de l'espoir, de l'amour, des perspectives à leurs enfants ? Peuvent-ils leur enseigner le savoir-vivre, le savoir-être, des savoir-faire ?

Le gouvernement est aussi responsable du développement et de maturation de la population, au même titre que le citoyen/individu.

Ecrit par : hyper-atheisme | 14.06.2007

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